Home | Contact | Links       
Antonie Pannekoek Archives
 

Thème : La solution économique pour la période de transition du capitalisme vers le communisme


Amadeo Bordiga sur la solution économique, 1957


Aperçu


Introduction

Les «Gloses marginales au Programme du parti ouvrier allemand», connues également sous le nom de Critique du Programme de Gotha, écrites par Karl Marx en 1875, ont été publiées en traduction italien pour la première fois en 1948. En 1957, plus d’un quart de siècle après la Gauche germano-hollandaise, Amadeo Bordiga, tout comme l’avait déjà fait Lénine avant lui – et Lénine c’était aussi avant la Gauche germano-hollandaise – s’appuie sur les thèses de Karl Marx sur la période de transition.


151. Accumulation et argent.

La doctrine de Marx sur l’accumulation du capital, autrement dit la théorie tant de la reproduction élargie que de la reproduction simple, n’envisage qu’un capital apparaissant en cycles alternés comme marchandise et comme argent. Ceci est indiscutable, aussi bien au point de départ qu’au point d’arrivée de tout le système marxiste sur la production capitaliste : la définition et la description du système socialiste en découlent dialectiquement, mais bien peu sont les socialistes qui ont su faire le pas audacieux qui, de la négation des caractères du capitalisme fait émerger, au-delà de toute espèce de plan utopiste, la définition positive des caractères du socialisme.

Si, dans le socialisme, il y a une accumulation, elle se présentera comme une accumulation d’objets, matériels utiles aux besoins humains, et ceux-ci n’auront pas besoin d’apparaître alternativement comme monnaie, ni non plus de subir l’application d’un « monétomètre » permettant de les mesurer et de les comparer selon un « équivalent général ». Donc, ces objets ne seront plus des marchandises et ne seront plus définis que par leur mesure quantitative physique et par leur nature qualitative, ce que l’on exprime chez les économistes, et aussi chez Marx, dans un but d’exposition, par valeur d’usage.

L’on peut établir que les rythmes de l’accumulation dans le socialisme, mesurés en quantités matérielles comme les tonnes d’acier ou les kilowatts d’énergie, seront lents et peu supérieurs au rythme d’accroissement de la population. Relativement aux sociétés capitalistes mûres, la planification rationnelle de la consommation en quantité et en qualité et l’abolition de l’énorme masse des consommations antisociales (de la cigarette au porte-avions) déterminera probablement une longue période de baisse des indices de la production et donc, si l’on reprend des termes anciens, un désinvestissement et une désaccumulation.

Ici, il s’agit seulement d’examiner l’accumulation accélérée qui fut nécessaire pour industrialiser la Russie. Bien vite le « cêntre » vola à la gauche (au moment même où il se disposait à la juguler, phénomène habituel) l’idée des rythmes d’accroissement élevés. Ce serait faire beaucoup de tort à l’opposition russe, qui savait si bien poser la question de la révolution mondiale, de dire qu’on lui a volé la « paternité » du rythme super-accéléré, comme caractère d’une économie post-capitaliste, ou carrément socialiste, idée malheureuse et responsable d’immenses maux.

Ce qui nous intéresse, du point de vue des faits, c’est que la possibilité de l’accumulation en Russie ne fut conçue que si cette accumulation s’opérait dans une forme qui se servît d’un moyen monétaire à valeur stable.

Cette nécessité fut énoncée par Lénine dans beaucoup d’écrits que nous avons étudiés, en particulier l’article suggestif sur la nécessité de l’or et donc de la monnaie liée à lui. Mais, ce que l’on ne trouve pas chez Lénine, c’est l’idée qu’il s’agirait là de l’introduction d’une forme socialiste ; à mille endroits, il dit qu’il s’agit d’une forme capitaliste, dont il est toutefois nécessaire de susciter l’apparition, en attendant le moment fameux où l’on utilisera l’or pour en faire les urinoirs publics, vu qu’il résiste bien aux liquides acides.

Trotsky accepte cette thèse qui dérive de la doctrine de la nouvelle politique économique. Dans la mesure où il faut encourager la formation du marché pour les produits agricoles et un système d’échanges équilibrés (naturellement, on verra naître par la suite l’ « échange socialists », avec toute la phraséologie du même acabit !) entre produits de la campagne et de l’industrie, la réforme du moyen monétaire s’impose. Comme nous le savons, Trotsky appelle ceci : emploi d’une forme de comptabilité capitaliste. Il ne veut pas dire que l’on utilise cette forme d’enregistrement et de contrôle dans une économie déjà socialiste ; mais sa thèse est qu’il s’agit d’un stade de transition entre capitalisme et socialisme, dans lequel on est contraint d’utiliser la monnaie liée à l’or, dans la mesure où il faut laisser se développer le marché et la circulation sur une grande échelle, à où its n’existaient pas encore en raison de la primitivité des formes agraires.

Tout ceci est juste dans la mesure où il ne s’agit pas, pour Trotsky, d’un premier stade de socialisme, ou socialisme inférieur, mais d’une période transitoire encore antérieure (1).

Ce ne sont pas des caractères économiques qui lui interdisent de renoncer à parler jusqu’à sa mort (1940) d’une Russie socialiste, mais le fait politique que le pouvoir fut conquis par le Parti communiste de la classe ouvrière. Mais la situation du parti et de l’État, sous l’aspect politique également, fut progressivement invertie et renversée ; ce qui est montré paf les luttes sanglantes qui se sont produites, même si elles ne sont connues que sous un aspect unilatéral.

La formule de Trotsky est : « L’expérience démontra vite que l’industrie elle-même, bien que socialisée, avait besoin des méthodes de calcul monétaire élaborées par le capitalisme. »

Trotsky sauvegarde sa juste appréciation marxiste des objectifs du plan russe d’accumulation industrielle quand il dit : « Le stade inférieur du communisme – pour utiliser les termes de Marx – commence au niveau atteint par le capitalisme le plus avancé. Le programme réel des prochains plans quinquennaux des républiques soviétiques consiste à rattraper l’Europe et l’Amérique. » Donc à construire un capitalisme développé. Mais, pour dépasser l’Europe et l’Amérique, le socialisme devra les conquérir par la force, non par l’émulation ! »


157. Le moyen monétaire.

Pour établir le caractère peu sérieux de l’affirmation selon laquelle l’histoire n’aurait jamais connu un déchaînement de forces productives comparable à celui qui s’est produit au cours des plans quinquennaux russes dans l’industrie (quant à l’agriculture nous savons combien les résultats ont été maigres, et nous savons que ce sont les stigmates des formes capitalistes d’économie), nous nous sommes servis des indices de la production, dans la mesure où ils sont de sources soviétiques et ne sont pas fabriqués pour nos soins, mais bien au contraire, et d’autre part ne présentent que la face « physique » des grands plans (somme de tonnes, de mètres cubes, de kilowatts, etc.).

Mais nous devons aussi étudier le cours historique des plans en nous servant d’autres grandeurs économiques, que nous trouvons exprimées en millions et en milliards de roubles ; elles aussi donnent la mesure de l’accumulation capitaliste et des investissements du produit en nouveau capital dans les divers secteurs de l’économie.

Il faut donc dire un mot de la monnaie russe après 1917. Une étude très sérieuse sur la planification russe, indépendamment de l’idéologie de son auteur (Bettelheim), dit qu’il faut étudier les « catégories » principales de l’économie soviétique et il en fait l’énumération suivante  : monnaie, marché, salaire, prix, profit et intérêt. L’auteur ajoute qu’elles « ressemblent » aux catégories de l’économie capitaliste mais « ont un contenu profondément différent ». Nous, bien convaincus que l’on parle de « catégories » lorsque l’on considère le contenu et non l’apparence, la substance et non la forme, nous affirmons que ce sont les catégories mêmes de l’économie capitaliste.

L’auteur se sert de citations, non seulement prises aux économistes officiels de l’État russe, mais à Lénine et à Trotsky, dans les mêmes sources que celles que nous avons utilisées. Nous savons déjà que Trotsky, dans son fameux discours de 1922 sur la n.e.p. et dans La Révolution trahie, affirme que l’usage de l’étalon, constitué par une solide unité monétaire, est indispensable pour améliorer le rendement du travail et la qualité de la production. Mais cela ne constitue certes pas une tâche qui sorte des limites du capitalisme, lequel – au moins dans sa jeunesse – a atteint dans ces domaines ses plus hauts sommets.

Par ailleurs, celui qui aurait pensé que « le système socialiste est à l’abri de l’inflation monétaire » aurait été démenti par les faits, le rouble ayant toujours oscillé. Les économistes d’État se sont mis alors à raconter que les oscillations de la cote du rouble n’avaient aucune influence sur le jeu des prix et des salaires réels « dans le système soviétique ». Toujours la même thèse cagneuse : ici, en Russie, or trouve tout ce qu’il y a en Occident, mais sous notre ciel c’est toujours tout autre chose.

En fait, le seul équivalent général adopté pour le calcul des plans a été le rouble monétaire. Ceci, bien que les économistes officiels eux-mêmes, Varga et Stroumiline, aient soutenu que selon la doctrine de Marx, le seul équivalent général, c’est-à-dire la seule unité commune à des produits différents, soit le temps de travail et que le seul calcul économique réel que l’on puisse faire doive l’être sur cette base.

Des raisons « techniques » ont écarté cette forme d’élaboration des plans. Boukharine lui-même avait dit, avec une entière justesse : « au moment où les moyens de production sont socialisés, la forme valeur tombe, êt la seule comptabilité admissible est celle en nature (ou physique) ». »


221. Le « bon » de Marx

Le mal, les événements récents nous le montrent, ne réside pas dans l’État ou l’anti-État, dans le parti ou l’antiparti. Le mal est d’avoir perdu la clef dialectique qui oppose le mode capitaliste au mode socialiste.

La société socialiste sort des entrailles de la société capitaliste mais n’achève pas sa métamorphose en un seul acte. Marx distingua les deux stades appelés inférieur et supérieur. Là-dessus on a trop spéculé.

Au stade qui doit chronologiquement précéder : « nous avons affaire ici […] à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste », comme le dit Marx dans son commentaire critique au programme de Gotha. Mais déjà dans ces conditions inférieures imposées par la nécessité le mercantilisme a pris fin. Sous une certaine forme, le principe de l’échange des marchandises domine dans un seul rapport : entre la force de travail fournie par le travailleur et ce qu’il reçoit pour sa consommation propre. En fait, la société établit un équivalent entre la consommation due à chacun et le travail fourni (compte tenu du prélèvement à des fins sociales que Marx établit pour démolir l’horrible formule lassallienne du « fruit intégral »). Mais en dehors de ce rapport le contenu de la loi d’équivalence est déjà périmé.

Le texte dit : « Le fond et la forme diffèrent parce que, les conditions étant différentes, nul ne peut rien donner hormis son travail et que, par ailleurs, rien ne peut entrer dans la propriété de l’individu que les objets de consommation individuelle.

Comment Marx voit-il la réalisation concrète de cela ? La conception n’est pas transcendante. Dans cette première phase dite phase inférieure (où, rappelez-vous, survit un droit « bourgeois », c’est-à-dire constitué par une limite, qui ne disparaîtra que lorsque la société écrira sur ses drapeaux : à chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins), le travailleur « reçoit de la société un bon constatant qu’il a fourni tant de travail […] et, avec ce bon, il retire des stocks sociaux d’objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail ». Et c’est la seul équivalence qui reste encore en jeu. Combien de temps le bon est-il valable ? Sa grande caractéristique est celle-ci : il n’est pas, comme la monnaie, équivalent général ; il est seulement consommable, ni accumulable, ni même pas thésaurisable. Il dure le temps que met le pain à moisir, le beurre à rancir ; supposons, pour en rester à ce schéma symbolique, qu’on lui donne une validité d’unè semaine.

Durant toute l’année où nous avons étudié la Russie, nous avons entendu les proclamations que là-bas il y a le socialisme, qu’il ne reste qu’à passer à la phase supérieure.

Soyez témoins que nous n’avons jamais rencontré le simple et innocent bon du Père Marx, le bon du vrai socialisme d’il y a plus de deux générations. Hormis lui, nous avons rencontré de tout, et tout dégageait une puanteur d’accumulation et témoignait d’une forme proprement capitaliste.

L’Argent, l’Epargne, le Dépôt en banque, l’Intérêt, le Titre de crédit… Tout sauf la propriété des objets de consommation personnelle (que nous voulûmes une fois appeler disponibilité ou disposition, seule relique admissible. Nous avons trouvé le Champ, la Maison et même la Ville, le Mobilier élémentaire jusqu’à celui de luxe et aux collections d’Art.

Jamais le bon et jamais le socialisme économique.

En dépit du fait que dans la société à pouvoir bourgeois elle-même, on est contraint d’admettre des formes de socialisme supérieur, sans marché ni monnaie, dans certains secteurs restreints.

Outre cela, nous trouvons maintenant l’entreprise propriétaire, responsable contractuelle, puisqu’elle vend au consommateur et achète au producteur, à une autre entreprise ; elle se fout pas mal du fonds social marxien. Elle possède son fonds, l’administre, faisant le bilan des entrées et des sorties, et ne se donne du mal que pour l’augmenter.

Et vive Bentham !

Par-dessus les sourires qui ont franchi l’Atlantique sur les écrans de télévision et qui ont été échangés entre Eisenhower et la population russe, une formule sacrée lie les deux condottieri de ces États concurrents : qu’aucune réforme ne touche à l’industrie lourde ! Khrouchtchev a proclamé que dans le nouveau schéma celle-ci conserve la première place et le plus important des ministères centraux – faisant taire une fois de plus tout « malenkovisme » et cette version châtrée du socialisme qu’est le « consommisme ».

En Amérique, les chefs du monde du business attribuent heureusement la sauvegarde du rythme économique aux généreuses mesures du gouvernement dans le domaine des fournitures militaires qui maintiennent élevé l’indice de production et le cycle des affaires qui risqueraient de s’écrouler.

Ils ont appris le marxisme de Khrouchtchev ; à travers ses sourires ils « combattent les conceptions erronées en matière d’industrie lourde et légère » et ont appris « la ligre léniniste du développement prioritaire de l’industrie lourde » !

Vivent les deux présidents marxistes-léninistes de la paix universelle ! L’industrie lourde et la guerre impérialiste s’occuperont de faire justice des deux présidences, quand aura passé une autre paire de septennats !


222. Réforme et révolution.

En présentant cette dernière rectification décisive sur la route vers le capitalisme sans fards, on a proclamé que, plus que d’une réforme, il s’agissait d’une véritable révolution. Bien plus : d’une réforme qui vaut une révolution.

Un demi-siècle plus tôt, Lénine et les siens auraient répondu (et, s’ils l’avaient pu, en lançant du vitriol sur leurs sales gueules de révisionnistes) que les réformes ne pouvait valoir une révolution.

Nous connaissons la réponse (cette polémique nous la sentons à fleur de peau). Ces réformes sont celles qui ont été faites légalement et pacifiquement par les États de la bourgeoisie !

Avec Marx et Lénine nous avons expliqué que nous savions bien que la mutation d’une structure productive ne saurait être instantanée mais qu’elle s’effectuerait par une série de modifications graduelles ; au début de celles-ci nous placions la révolution politique. C’est sur cette vision scientifique que se fonde chez Marx et Lénine la doctrine de l’inévitable dictature de classe.

Nous ne nierons donc pas que l’Etat de la révolution violente devra effectuer de profondes réformes. Ce sera grâce à elles qu’il détruira tous les vestiges de la forme capitaliste, après avoir constaté son existence.

Il conservera l’armée, l’État, la loi, pour ne pas avoir à recommencer à chaque instant la bataille. C’est l’anarchisme qui ne comprend pas cela.

Quand le capitalisme sera définitivement écrasé, la société ne procédera plus par révolutions ni même par réformes légalement coactives.

L’antithèse entre réforme et révolution est propre à l’histoire de l’économie privée marchande, capitaliste.

Qui parle de réforme accepte de vivre encore dans la préhistoire marchande de la société définie selon Marx.

Déclarer avoir déjà édifié le socialisme et projeter de grandes réformes d’État, n’a historiquement aucun sens. Et si l’on ne veut pas admettre que les réformes sont imposées du fait que l’économie est toujours totalement capitaliste, ce refus ne trouve dans la langue de Marx et de Lénine qu’une seule expression : la force qui agit et qui dirige le pouvoir n’a pour fonction ni de révolutionner ni de réformer le capitalisme, mais de le défendre, le servir et tenter de l’éterniser.

L’horreur qu’on doit éprouver vis-à-vis des réformes est plus forte que celle que suscitèrent les réformistes du xixe siècle. Ceux-ci promirent de changer, à l’aide d’emplâtres, le visage de la société bourgeoise, mais au moins ils n’essayèrent pas de raconter qu’ils l’avaient changé. Ils ne nous invitèrent pas à lui sourire !

La position à laquelle sont parvenus les dirigeants de l’État russe, après un drame historique aussi long, est plus néfaste, jusqu’à ce qu’elle ne soit démasquée, que s’ils avaient déclaré au monde : étant donné que l’économie socialiste selon Marx et Lénine n’est qu’une absurdité historique, nous proclamons avoir adopté en Russie la force économique du capitalisme que nous avons soumise à des réformes spéciales.

Il n’y en a plus pour longtemps. La révolution reprendra alors son chemin contre les confédérations d’Occident et d’Orient.


Source: Développement des rapports de production après la révolution bolchevique / Amadeo Bordiga ; traduit de l’italien par Denis Authier, Jacques Camatte et Jacques Colom, introduction de J. Camatte. – Paris : Éditions de l’Oubli, 1975. – 344 p. – (Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui ; II). – p. 191-193, 204-205, 340-344. Oorspronkelijk verschenen in Il Programma Comunista, 1954-1957 ; reprint, Paris : Spartacus, 1985. – 344 p.
Autre traduction: u.q.a.c.; Université de Québec à Chicoutimi, collection les auteur(e)s classique.
Source originale italienne (avec les notes de Bordiga) : Struttura economica e sociale della Russia d’oggi, Il Programma Comunista, N. 12, Giugno 1957


Editorial Notes

1. In 1936 Trotski wrote very “theoretical” on the period of transition:
“Marx named this first stage of the new society “the lowest stage of communism”, in distinction from the highest, where together with the last phantoms of want material inequality will disappear. In this sense socialism and communism are frequently contrasted as the lower and higher stages of the new society. “We have not yet, of course, complete communism,” reads the present official Soviet doctrine, “but we have already achieved socialism – that is, the lowest stage of communism.” In proof of this, they adduce the dominance of the state trusts in industry, the collective farms in agriculture, the state and co-operative enterprises in commerce. At first glance this gives a complete correspondence with the a priori – and therefore hypothetical – scheme of Marx. But it is exactly for the Marxist that this question is not exhausted by a consideration of forms of property regardless of the achieved productivity of labor. By the lowest stage of communism Marx meant, at any rate, a society which from the very beginning stands higher in its economic development than the most advanced capitalism. Theoretically such a conception is flawless, for taken on a world scale communism, even in its first incipient stage, means a higher level of development that that of bourgeois society. Moreover, Marx expected that the Frenchman would begin the social revolution, the German continue it, the Englishman finish it; and as to the Russian, Marx left him far in the rear. But this conceptual order was upset by the facts. Whoever tries now mechanically to apply the universal historic conception of Marx to the particular case of the Soviet Union at the given stage of its development, will be entangled at once in hopeless contradictions.
Russia was not the strongest, but the weakest link in the chain of capitalism. The present Soviet Union does not stand above the world level of economy, but is only trying to catch up to the capitalist countries. If Marx called that society which was to be formed upon the basis of a socialization of the productive forces of the most advanced capitalism of its epoch, the lowest stage of communism, then this designation obviously does not apply to the Soviet Union, which is still today considerably poorer in technique, culture and the good things of life than the capitalist countries. It would be truer, therefore, to name the present Soviet regime in all its contradictoriness, not a socialist regime, but a preparatory regime transitional from capitalism to socialism.
There is not an ounce of pedantry in this concern for terminological accuracy. The strength and stability of regimes are determined in the long run by the relative productivity of their labor. A socialist economy possessing a technique superior to that of capitalism would really be guaranteed in its socialist development for sure – so to speak, automatically – a thing which unfortunately it is still quite impossible to say about the Soviet economy.”
Source: marxists.org, The Revolution Betrayed / Leon Trotsky; Chapter 3, Socialism and the State; The Transitional Regime.


Compiled by Vico, 29 March 2017